slava svitova à la foire du livre de francfort

Creative Women Publishing: publishing in times of war

Creative Women Publishing : publier en temps de guerre (en français plus bas)

Last Tuesday, I told you about my meeting with Barbora Baronova. Today, I’m going to tell you about someone she warmly recommended I meet: Slava Svitova! Another author, editor, publisher, muti-tasker!

Slava also took part in the round table discussion ‘Freedom to publish in Eastern Europe’ organised by the International Alliance of Independent Publishing! She is the founder of Creative Women Publishing, Ukraine’s first feminist publishing house.

Founded by women, for women: those who write and those who read.

And it’s much more than a publishing house: it’s a branch of the Creative Women Space project, a social enterprise whose mission is to create an environment that empowers women in creativity and business.

They publish books on:

•    gender taboos,

•    the experiences of women and men that have been silenced for too long,

•    LGBTQ+ realities,

•    contemporary feminism,

•    discrimination,

•    and all those conversations that Ukrainian society (post-Soviet, post-imperial, post-censorship) has never really wanted to open up.

‘The population is not always ready,’ she explains.

But they publish anyway because neither resistance nor freedom can be bought.

When the war broke out, the cultural sector was an immediate target.

The first thing the Russians did, she says, was to close bookshops and libraries and bring in Russian teachers. It’s about erasing culture to crush the nation.

Many tools of the trade disappeared: printing presses were bombed, infrastructure destroyed, teams scattered.

And yet they continue to publish! They are trying to survive in a contexte where the aggressor is pouring millions into propaganda and information operations.

In this round table discussion on the deliberately provocative issue of censorship, Slava added something that may come as a surprise:

‘When propaganda is so massive, sometimes it is necessary to set limits, a form of censorship, simply to survive.’

The goal is simple, she says: to survive as a state and let culture live.

A few days ago, during a poetry workshop, I told the students that I was also a publisher.
“Is it true that a publisher can censor a book, Madam?” one of them asked me.

Yes, it’s true. At Courgette Éditions, for instance, we co-published Déborder Bolloré, a book about the concentration of power in the publishing world and the censorship that can follow.

So what is the responsibility of states regarding the content that gets published?
As someone deeply attached to freedom of expression and the absence of censorship, I still wonder: to what extent can we allow billionaire groups, openly pursuing a « civilisational » agenda and with much more money than states, to flood the public sphere with deeply hateful and dangerous content?

It’s not just about books. It’s also about social media. It’s a real question.

What is the role of the community, and therefore the state, in how information is disseminated? Freedom of expression is above all the freedom to criticise the government system without fear of being thrown in prison.

For example, we must be able to say that we disagree with a particular member of the government, that we do not see the country being run in the same way, that we do not share the same religion, that we do not believe in the existence of a god advocated by the state, etc. That is freedom of opinion!

But that does not give anyone the right to spread hate speech, it does not give anyone the right to insult others, it does not give anyone the right to deliberately spread fake news! Can we therefore prevent those who do so? Would we have the means to do so even if those people were very rich, or leaders of other states? Or even presidents of other countries?

And our conversations just keep coming! Very spontaneously, Slava asks me if I’m OK with answering a few questions for a podcast! PS: we forgot to take a selfie (I’m also my own communications manager, shame on me!) but luckily, her colleague filmed everything!

Of course, I also end up talking about L-slam 😀 and our conversation drifts towards something so universal for women: imposter syndrome, the difficulty of feeling legitimate, public speaking, the fact that we have to ‘learn’ to allow ourselves to do things…

These are all recurring behaviours in all the women I meet, regardless of their level of education, training, culture, country, skin colour, religion…

Barbora and Slava, like so many other women in Eastern Europe, are not content with just publishing books: they are working for the cultural emancipation of their country. They defend the very possibility of telling stories and therefore of existing. I am so impressed by these women who continue to publish under bombs, under censorship, under political pressure.

Thank you for your strength, your words, for the example you set!

Pic stolen on Slava’s instagram .

Creative Women Publishing : publier en temps de guerre

Mardi dernier, je vous ai parlé de ma rencontre avec Barbora Baronova. Aujourd’hui, je vous parle de celle qu’elle m’avait chaleureusement recommandé de rencontrer :  Slava Svitova ! Une autre autrice, éditrice, entrepreneuse, multi-tâche!

Slava participait également à la table ronde « Freedom to publish in Eastern Europe » organisée par l’alliance internationale de l’édition indépendante ! Elle est la fondatrice de Creative Women Publishing, la première maison d’édition féministe d’Ukraine.
Fondée par des femmes, pour des femmes : celles qui écrivent et celles qui lisent.

Et c’est bien plus qu’une maison d’édition: c’est une branche du projet Creative Women Space, une entreprise sociale dont la mission est de créer un environnement qui permette aux femmes de s’émanciper dans la créativité et le business.

Elles publient des livres sur :

  • les tabous liés au genre,
  • les expériences des femmes et des hommes trop longtemps tues,
  • les réalités LGBTQ+,
  • le féminisme contemporain,
  • les discriminations,
  • et toutes ces conversations que la société ukrainienne (post-soviétique, post-impériale, post-censure) n’a jamais vraiment voulu ouvrir.

« La population n’est pas toujours prête, » explique-t-elle.
Mais elles publient quand même parce qu’on ne peut acheter ni la résistance, ni la liberté.

Quand la guerre a éclaté, le secteur culturel a été une cible immédiate.
La première chose que les Russes ont faite, dit-elle, c’est fermer les librairies, les bibliothèques, et amener des professeurs russes. C’est effacer la culture pour écraser la nation.

Beaucoup d’outils de travail ont disparu : imprimeries bombardées, infrastructures détruites, équipes dispersées.

Et pourtant, elles continuent de publier ! Elles essaient de survivre, dans un contexte où l’agresseur injecte des millions dans la propagande et les opérations informationnelles.

Dans cette table ronde à la question volontairement provocatrice de la censure, Slava a ajouté quelque chose qui peut surprendre :
« Quand la propagande est tellement massive, parfois, c’est nécessaire de poser des limites, une forme de censure, pour simplement survivre. »
Le but est simple dit-elle: survivre en tant qu’État, et laisser la culture vivre.

Il y a quelques jours, en classe, lors d’une animation de poésie, j’ai expliqué aux élèves que j’étais également éditrice.

« C’est vrai qu’un éditeur, il peut censurer un livre madame ? »

Oui, c’est vrai, d’ailleurs, avec Courgette Editions, nous avons participé à une co-édition, Déborder bolloré, qui parle de la concentration des pouvoirs dans les mains de l’édition et de la censure qui peut ainsi être opérée.

Quelle est la responsabilité des états dans les contenus qui sont publiés ? S’il est vrai que je suis une inconditionnelle de la liberté d’expression et de l’absence de censure, dans quelle mesure, peut-on laisser libre accès à la parole à des groupes multimilliardaires qui avouent sans la moindre peur avoir un projet civilisationnel et qui disposent de plus milliards que les états pour déverser des contenus de haine totalement abjectes ?

Ce n’est pas que dans les livres, c’est aussi les contenus des réseaux sociaux. C’est une vraie question ! Doit-on mettre un curseur ? Jusqu’à où ? Et qui serait apte à contrôler ce curseur ?

Dans un pays comme la Belgique, où l’on hurle à la sacro-sainte liberté d’opinion, qui est bien souvent confondue avec la liberté d’insulter, qu’en penser ?

Quel est le rôle de la collectivité, de l’état donc, dans la manière dont sont diffusées les informations ? La liberté d’opinion est surtout la liberté de pouvoir critiquer le système gouvernementale sans crainte d’être jeté·es en prison.

Par exemple, on doit pouvoir dire qu’on n’est pas d’accord avec tel membre du gouvernement, qu’on n’envisage pas la gestion du pays de la même manière, qu’on n’a pas la même religion, qu’on ne croit pas en l’existence d’un dieu prôné par l’état etc…C’est cela, la liberté d’opinion !

Mais ça ne donne pas le droit de propager des contenus incitant à la haine, ça ne donne pas le droit d’insulter, ça ne donne pas le droit de propager des fakes news de façon délibérée ! Peut-on dès lors empêcher celles et ceux qui le font ? Aurait-on les moyens de le faire même si les personnes sont très riches, ou responsables d’autres Etats ? Voire président·es d’autres pays ?

Et nos combats n’en finissent pas de se répondre ! Très spontanément, Slava me demande si je suis ok de répondre à quelques questions pour un podcast ! PS : on a oublié de faire un selfie (je suis aussi ma propre responsable communication, honte à moi !) mais heureusement, sa collaboratrice à tout filmé !

J’en viens évidement à parler aussi de L-slam 😀 et notre conversation a dérivé vers quelque de tellement universel en tant que femme genre : le syndrome de l’impostrice, la difficulté à se sentir légitime, la prise de parole en public, le fait que nous devons “apprendre” à nous autoriser,…

Autant de comportements récurrents chez toutes les femmes que je rencontre, qu’elle que soit leur niveau d’études, leur formation, leur culture, leur pays, leur couleur de peau, leur religion…

Barbora et Slava, comme tant d’autres femmes de l’Est, ne se contentent pas de publier des livres : elles oeuvrent à l’émancipation culturelle de leur pays. Elles défendent la possibilité même de raconter des histoires et donc d’exister. Je suis tellement impressionnée par ces femmes qui continuent de publier sous les bombes, sous la censure, sous la pression politique.

Merci pour votre force, vos mots, pour l’exemple que vous donnez !

Photo volée sur le compte instagram de Slava

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces HTML tags et attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>